Une histoire genrée des savoirs est-elle possible ?
sous la direction de Valérie Burgos-Blondelle, Juliette Lancel & Isabelle Lémonon-Waxin
Série III, n°11
2021

Présentation

Les apports du genre en histoire des sciences et des savoirs sont au cœur de ce dossier thématique. Il est composé de quatre contributions qui explorent par une approche genrée, voire intersectionnelle, l’usage de l’espace et les relations de pouvoir en jeu dans la production et la circulation des savoirs de l’époque moderne au début du XXe siècle. Vient s’y adjoindre un entretien croisé avec cinq historiennes des sciences et des savoirs.

Résumé des articles


VALÉRIE BURGOS-BLONDELLE, JULIETTE LANCEL & ISABELLE LÉMONON-WAXIN - Introduction : Investir le genre en histoire des sciences et des savoirs. Pour une histoire plus juste  [Article]

ISABELLE LÉMONON-WAXIN - De la salle à manger au Collège royal : les espaces savants des collaboratrices en astronomie de Jérôme Lalande  [Article]

Jérôme Lalande, célèbre astronome français au XVIIIe siècle, collabora tout au long de sa carrière, avec plusieurs « calculatrices » en astronomie : Nicole Reine Lepaute, Marie Louise Dupiéry et Marie Jeanne Lefrançois. À la prise en charge de tâches très techniques de calcul et parfois d’observation, elles assumaient également l’intendance scientifique de l’astronome. Cette gestion d’une part de l’entreprise savante s’opérait principalement depuis l’espace domestique, tout comme les calculs astronomiques. Cet espace était donc à la fois espace de vie familiale et espace de production de savoirs. Cet article s’intéresse à son organisation matérielle ainsi qu’aux dynamiques qui s’instauraient entre les différents lieux de savoirs impliqués ici.

MARTINE MILLE - Pratique des sciences et diplomatie des espaces : les époux Brongniart entre collaboration domestique et sociabilités savantes en France au XIXe siècle  [Article]

Par une approche matérielle des espaces et de la sociabilité des époux Brongniart au XIXe siècle, nous proposons dans cet article de reconstruire les pratiques quotidiennes de savoirs du savant minéralogiste Alexandre Brongniart et de son épouse Cécile Coquebert de Montbret. Ces pratiques sont régulées par une certaine diplomatie des espaces issue de l’habitus des notables parisiens. La focale se fixe sur Cécile afin de saisir son cheminement intellectuel et son implication dans la construction de l’œuvre du savant. Les pratiques sociales de la science apparaissent dans une harmonieuse collaboration, inscrite dans une spatialité privée, domestique ou institutionnelle des lieux des sciences.

LISSELL QUIROZ - Une analyse féministe décoloniale de l’histoire de l’obstétrique (Pérou, XIXe siècle)  [Article]

L’article envisage l’histoire de l’obstétrique au Pérou depuis une perspective féministe et décoloniale. Le récit dominant accorde une place prépondérante et centrale à l’action des médecins dans la construction et le développement de cette branche médicale. Il passe sous silence les savoirs féminins sur la naissance, qu’ils proviennent des sages-femmes — traditionnelles et diplômées — ou des parturientes elles-mêmes. Sous un angle différent, l’article montre que leurs savoirs, importants et précieux, ont été minorés au profit de ceux des médecins. Il examine aussi la naissance comme un lieu de pouvoir et de colonialité où s’expriment des tensions et des conflits entre les différent.es acteur.rices de cette histoire.

ALEXANDRE KLEIN & MARIE-CLAUDE THIFAULT - Quelle place pour les femmes francophones dans l’histoire des savoirs infirmiers au Québec ? L’exemple du nursing psychiatrique à Montréal (1912-1963)  [Article]

Cet article entend démontrer le rôle central qu’ont joué les femmes francophones dans la construction et la transmission des savoirs psychiatriques au Québec entre 1912 et 1963. Pour ce faire, il suit le parcours d’une religieuse, sœur Augustine, directrice du nursing à l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, le plus grand asile du Québec, et d’une garde-malade laïque, Charlotte Tassé, directrice propriétaire de l’Institut Albert-Prévost, une institution de soin et de formation psychiatriques située au nord de l’île de Montréal. Contre une historiographie psychiatrique, mais aussi féministe qui a renvoyé les infirmières et les hospitalières au rang de simples subalternes, cet article milite pour la reconnaissance et la réintégration de leurs apports dans l’histoire des savoirs au Québec.

ISABELLE LÉMONON-WAXIN - Cross Interview on Women’s and Gender Studies in the Field of the History of Science and Knowledge with Evelynn M. Hammonds, Ludmilla J. Jordanova, Ilana Löwy, Margaret W. Rossiter et Londa L. Schiebinger  [Article]

La publication d’un numéro des Cahiers François Viète croisant histoire des femmes & du genre et histoire des sciences & des savoirs est l’occasion de porter un regard historiographique et réflexif sur l’évolution de ce champ de recherche au cours des trente dernières années. Cette contribution invite à faire dialoguer les regards de plusieurs historiennes des sciences et savoirs qui ont contribué à la construction des champs des women’s and gender studies. Cet entretien croisé ne vise pas à présenter tous les développements des sciences humaines et sociales, et plus particulièrement de l’histoire des sciences et des techniques, mais à illustrer la diversité des méthodologies et des problématiques de recherche. Evelynn M. Hammonds, Ludmilla Jordanova, Ilana Löwy, Margaret W. Rossiter et Londa L. Schiebinger ont accepté notre invitation et se prêtent à cet exercice afin de mettre en exergue les avancées, les reculs et les obstacles rencontrés dans leurs champs de recherche.
Date de parution et publication en ligne : novembre 2021
ISSN 1297-9112 / ISBN : 978-2-493550-02-6
Version papier disponible