Actualité des recherches du Centre François Viète
sous la direction de Jenny Boucard
Série III, n°4
2018

Présentation
Suite au lancement de la série III des Cahiers François Viète en septembre 2016, nous avons choisi de présenter, dans ce quatrième volume, la diversité des thèmes de recherche du Centre François Viète d’épistémologie, d’histoire des sciences et des techniques. Ce volume a donc été constitué à partir d’un appel à contribution ouvert aux membres du Centre Viète et à quelques chercheurs proches de l’équipe. Il rend aussi compte de la structuration des recherches du Centre Viète suivant trois axes transversaux : «  concepts et théories » ; « traces et matérialités des savoirs » ; « artefacts et systèmes ».
 

Résumé des articles


JENNY BOUCARD - Introduction : études de cas et structuration de la recherche du Centre Viète  [Article.pdf]

FRÉDÉRIC LE BLAY - Des tempéraments à l’idiosyncrasie : évolution et permanence d’une définition physiologique de l’individu  [Article.pdf]

L’histoire des sciences permet de tracer l’apparition de concepts et de modèles théoriques venant supplanter ceux qui les ont précédés. Nous voudrions montrer que l’émergence d’une nouvelle définition théorique ne signifie pas toujours l’abandon de représentations ancrées dans la culture et même que, dans certains cas, elle contribue à les faire perdurer. Nous prenons ici comme exemple la notion d’idiosyncrasie, qui connaît une grande fortune à partir du XIXe siècle.

COLETTE LE LAY  - Joseph Liouville (1809-1882) et le Bureau des longitudes : mettre le pied à l’étrier à de jeunes savants et contrôler les dérives hégémoniques  [Article.pdf]

Tandis que son oeuvre mathématique a fait l’objet de plusieurs études, le rôle joué par Joseph Liouville dans l’astronomie française demeure moins connu. Je propose d’opérer ici ce décentrage et d’examiner par quel mécanisme académique Liouville en vient à siéger au Bureau des longitudes, y succédant à une lignée de prestigieux géomètres. Mettant le pied à l’étrier à plus d’un jeune homme ambitieux issu de l’École polytechnique, il occupe également une position institutionnelle centrale lors de la grave crise traversée par l’astronomie française de 1854 à 1870.

FRÉDÉRIC SOULU - Observatoires français dans l’Algérie coloniale : forme et spatialité  [Article.pdf]

Entre 1830 et 1962, les Français installent des observatoires sur le territoire algérien qu’ils occupent. Trois régimes de spatialité sont identifiés entre 1830 et 1940. Une analyse de ces lieux de construction des savoirs scientifiques est réalisée selon plusieurs niveaux d’échelle spatiale et permet d’en identifier quelques caractéristiques. Enfin, la contribution s’achève par une étude comparative avec quelques observatoires français ayant fait l’objet de monographies historiques afin de définir les caractéristiques propres à la situation coloniale et celles qui relèvent d’une situation commune.

LOÏC PÉTON - Penser les profondeurs marines au XIXe siècle : un abîme terrestre et anthropomorphique  [Article.pdf]

L’histoire de l’étude des profondeurs marines au xixe siècle permet d’aborder l’approche d’un univers inaccessible situé en marge de la civilisation. Les savants avaient alors tendance à décrire l’abîme marin en mobilisant abondamment l’analogie avec le continent, notamment l’altitude. Dans le même temps, pour exposer la répartition des espèces marines dans les profondeurs, ils dépeignaient les capacités de la faune à l’aide de traits anthropomorphiques. L’analyse de ces deux formes d’analogie permet d’apporter des éléments de réflexion quant à la représentation représentation actuelle d’une biosphère et d’un Homme « en crise » en plein Anthropocène.

CRISTIANA OGHINĂ-PAVIE - Le Fil rouge. Pratiques mémorielles dans les sciences de la vie en Roumanie communiste (1945-1965)  [Article.pdf]

L’étude des pratiques mémorielles dans les sciences de la vie en Roumanie pendant la période 1945-1965 permet d’observer l’adhésion de scientifiques et des institutions, contrôlés par l’État, à la stratégie qui consiste non seulement à diriger la science, mais aussi à lui fournir des arguments de légitimité dans le passé. Les sources scientifiques et politiques montrent une évolution du régime d’historicité de la science, dans la tension entre le projet politique d’acculturation du modèle soviétique et l’attachement à la continuité de la science nationale.

PIERRE TEISSIER, MATTHIEU QUANTIN ET BENJAMIN HERVY - Humanités numériques et archives orales : cartographies d’une mémoire collective sur les matériaux  [Article.pdf]

Les sciences humaines appréhendent classiquement les corpus de textes par des lectures qualitatives tandis que les « humanités numériques » les saisissent par des analyses quantitatives. Nous confrontons les deux approches en appliquant une méthode numérique originale (Haruspex) à l’étude d’un corpus textuel d’archives orales dédié à la recherche sur les matériaux. Pragmatique, notre démarche est aussi heuristique et réflexive. Heuristique car nous utilisons les artefacts numériques comme des outils pour renouveler les hypothèses de recherche en histoire. Réflexive car nos pratiques interdisciplinaires servent de base à une « philosophie de terrain » des humanités numériques.

YAOVI AKAKPO - Ethnographie comparée des pratiques savantes. Une approche d’histoire des savoirs de l’oralité en Afrique  [Article.pdf]

En étudiant les savoirs oraux dans leur « présent ethnographique », les recherches en ethnoscience les réduisent à des patrimoines ethniques clos, et ne prennent pas en compte leurs parcours historiques. L’article nuance la position goodienne, à propos des limites du pouvoir cognitif de l’oralité à fournir, à l’activité scientifique, les modalités de son exercice et de son développement. Il note et illustre, plutôt, l’hypothèse que les trajectoires des pratiques savantes, dans les traditions de l’oralité, sont repérables dans les empreintes que les archives orales reçoivent des espaces culturels dans lesquels elles ont circulé. Il met en honneur, en conséquence, l’ethnographie comparée des pratiques savantes comme approche de l’histoire des savoirs dans les sociétés orales.
Date de parution et publication en ligne : mars 2018
ISSN 1297-9112 / ISBN 978-2-86939-246-X
Version papier disponible