Pour les vingt ans des Cahiers François Viète, les membres du comité de rédaction ont choisi de revenir chaque mois de l'année 2019 sur un des articles publiés dans les Cahiers depuis 1999.

Redécouvrir l’article d’Arnaud Saint-Martin, « L’astronomie à la niche. Sur la patrimonialisation de l’observatoire de Paris, 1900-1930 », Cahiers François Viète, série II, 3, 2010, pp. 87-105.

Valérie Schafer, Janvier 2019

Si l’étude d’Arnaud Saint-Martin sur la patrimonialisation de l’observatoire de Paris dans les années 1900-1930 peut sembler éloignée de mes thèmes d’étude, plus tournés vers une histoire de l’innovation très contemporaine et le patrimoine numérique, elle offre pourtant matière à réflexion féconde pour tout chercheur attaché à la question du patrimoine : dans cet article il analyse avec minutie les nombreux acteurs, tensions, débats, processus qui aboutissent à une forme de « sanctuarisation » de l’observatoire de Paris. Outre que l’auteur propose ici un récit vivant, détaillé mais aussi incarné d’un phénomène patrimonial, il engage, au-delà des aspects monumentaux, une étude fine des jeux et enjeux de pouvoir sous-jacents et invite à penser ce que la patrimonialisation fait à une communauté, dans le cas qui l’intéresse scientifique. Il rend palpable le rôle décisif d’individus, mais aussi de réseaux et collectifs, d’une communauté prise et comprise entre des murs où elle « se niche » : il souligne ainsi toute l’ambiguïté que crée « cette archive de pierre » (p. 88).

Plus globalement mettre cet article en exergue invite le lecteur à revenir au dossier intitulé « Patrimoine scientifique : le temps des doutes ? » de 2010 pour penser le rapport des historien·ne·s des sciences et des techniques aux objets qu’ils étudient dans leurs aspects parfois les plus matériels, mais aussi symboliques, entre « attachement affectif » et « intérêt stratégique », pour reprendre les mots de la conclusion d’Arnaud Saint-Martin.

 

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