Pour les vingt ans des Cahiers François Viète, les membres du comité de rédaction ont choisi de revenir chaque mois de l'année 2019 sur un des articles publiés dans les Cahiers depuis 1999.

A propos de la « Post-face » de Claire Salomon-Bayet dans le dossier sur Les sciences des causes passéesCahiers François Viète, série I, 9-10 – 2005, p. 189-195.

Stéphane Tirard, Mars 2019


Une post-face est souvent un texte sans titre. Ce fut malheureusement le cas de celle que Claire Salomon-Bayet (1932-2016) nous avait offerte pour le dossier sur les sciences historiques que nous avions élaboré Gabriel Gohau et moi-même. Un titre, qu'elle aurait composé avec son sens de la formule synthétique, aurait rendu moins discrète cette synthèse brillante qui venait clore le volume.  

Avec un regard pénétrant, la lecture de Claire Salomon-Bayet révèle des axes transversaux dans cette collection de textes allant de l’archéologie à la cosmologie, en passant par la biologie et la géologie, et ce fut un plaisir pour nous de découvrir dans ces pages de conclusion des liens tendus vers des pans importants de son œuvre d’historienne et de philosophe des sciences.

D’emblée, elle rappelle la centralité du siècle des Lumières, où « le temps s’inscrit dans l’objet même de la connaissance », ce moment est un repère radical dans l’histoire de la perception du temps. Elle évoque notamment Rousseau, qui lui était cher, et rappelle comment le vivant, dès qu’il fut cerné par l’expérimentation au XVIIIe siècle, se trouva embarqué sur la flèche du temps et s’ouvrit à l’histoire. En poursuivant, elle souligne l’importance de l’intrusion du temps dans de nombreux champs du savoir, et elle conclut en montrant comment au XXe siècle «  qui nous reste quasi contemporain, nous changeons d’échelle et nous changeons de temps. Les sciences sont autres ».

Enfin, le lecteur remarquera au fil des propres réflexions de Claire Salomon-Bayet sur les sciences historiques qu’elle nous livre un peu de l’identité de son regard d’historienne et de philosophe sciences.

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Retour sur l'article de Virginie Fonteneau : « Paul Le Rolland (1887-1957) : de la mécanique physique à la physique des matériaux », Cahiers François Viète, série II, n°2, 2010, p. 55-78.

Colette Le Lay, Février 2019


Pour cette biographie scientifique du physicien Paul Le Rolland, auquel l’historiographie s’est rarement intéressé, Virginie Fonteneau choisit l’image de « la confluence, ce lieu précis où se fait la jonction de différents courants, avant qu’ils ne soient indissociables les uns des autres. » Elle file la métaphore dans deux aspects essentiels de la trajectoire de son personnage. Tout d’abord, son chemin de la faculté des sciences, où il a été formé, vers l’Institut polytechnique de l’Ouest (IPO), école d’ingénieurs (lointain ancêtre de l’École centrale de Nantes) dans laquelle il enseigne la mécanique physique tout en encadrant la recherche (le titre d’ingénieur-docteur a été créé peu d’années auparavant). A l’IPO, il trouve des laboratoires bien équipés et des collaborateurs ingénieurs et techniciens très motivés. Virginie Fonteneau fait intervenir alors une seconde « confluence » entre physique et métallurgie dans l’œuvre de Paul Le Rolland qui tente de faire sortir la mécanique du carcan mathématique au profit d’une part expérimentale accrue. Mais l’ère n’est pas encore à la physique des matériaux et Paul Le Rolland devra attendre la toute fin de sa vie pour bénéficier d’une reconnaissance nationale.

Dans cet article, Virginie Fonteneau pratique elle aussi la « confluence » puisqu’elle mêle une description précise des travaux de Le Rolland, situés dans leur contexte, et une évocation de l’IPO, institution locale reconnue, à l’époque, par la CNRS mais tombée depuis dans un presque oubli.

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Redécouvrir l’article d’Arnaud Saint-Martin, « L’astronomie à la niche. Sur la patrimonialisation de l’observatoire de Paris, 1900-1930 », Cahiers François Viète, série II, 3, 2010, p. 87-105.

Valérie Schafer, Janvier 2019

Si l’étude d’Arnaud Saint-Martin sur la patrimonialisation de l’observatoire de Paris dans les années 1900-1930 peut sembler éloignée de mes thèmes d’étude, plus tournés vers une histoire de l’innovation très contemporaine et le patrimoine numérique, elle offre pourtant matière à réflexion féconde pour tout chercheur attaché à la question du patrimoine : dans cet article il analyse avec minutie les nombreux acteurs, tensions, débats, processus qui aboutissent à une forme de « sanctuarisation » de l’observatoire de Paris. Outre que l’auteur propose ici un récit vivant, détaillé mais aussi incarné d’un phénomène patrimonial, il engage, au-delà des aspects monumentaux, une étude fine des jeux et enjeux de pouvoir sous-jacents et invite à penser ce que la patrimonialisation fait à une communauté, dans le cas qui l’intéresse scientifique. Il rend palpable le rôle décisif d’individus, mais aussi de réseaux et collectifs, d’une communauté prise et comprise entre des murs où elle « se niche » : il souligne ainsi toute l’ambiguïté que crée « cette archive de pierre » (p. 88).

Plus globalement mettre cet article en exergue invite le lecteur à revenir au dossier intitulé « Patrimoine scientifique : le temps des doutes ? » de 2010 pour penser le rapport des historien·ne·s des sciences et des techniques aux objets qu’ils étudient dans leurs aspects parfois les plus matériels, mais aussi symboliques, entre « attachement affectif » et « intérêt stratégique », pour reprendre les mots de la conclusion d’Arnaud Saint-Martin.

 

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